Suis-je Charlie ?

Suis-je CharliePassé le choc des évènements et de leur horreur, je reste perplexe devant la diversité des réactions, articles ou commentaires que l’on trouve abondamment sur la toile. J’avoue être une adepte des réseaux sociaux, et je découvre que les « amis Facebook » qui composent ma liste de contacts, et qui y sont tous parce que l’on partage quelque chose en commun (famille, école, lieu de vie, amitié, passion commune, pratique d’une langue ou d’une discipline, particularité, etc…), ont des visions assez variées sur le sujet.

Je ne m’attendais pas, bien entendu, à ce que tout ce beau monde partage mon point de vue, mais quand je vois avec quelle facilité certains font circuler des articles qu’ils n’ont probablement pas lu en entier, ou pas vraiment compris, je suis un peu inquiète. Ou si ils les ont lus et compris, il me semble urgent de moi-même exercer ma liberté d’opinion et la liberté d’exprimer celle-ci, en espérant que ma petite trace saura contrebalancer (du moins un tout petit peu) le manque de culture de ce que j’ai pu lire.

Les dessinateurs de Charlie Hebdo ont, par leurs caricatures, injurié Mahomet.

Non. Ces caricatures avaient pour objectif d’exprimer leur opinion, à savoir la laïcité. L’insulte ou l’injure sont punies par la loi, en France, à condition qu’elles portent atteinte à la dignité de celui qui la reçoit, et que l’intention ait été telle. Mahomet étant, toujours du point de vue de Charlie Hebdo, un personnage « fictif » à qui un préjudice ne peut s’appliquer, il n’y avait pas injure au sens légal du terme.

Je ne suis pas d’accord avec le terrorisme, mais la communauté musulmane a tout de même été attaquée.

Oui et non. Oui, je ne suis pas d’accord avec le terrorisme, quelles que soient les idées avancées. C’est abject, ignoble, indigne. Je le précise bien que ce soit une évidence, parce que je réalise, en relisant cet article, que certaines phrases, si elles étaient sorties de leur contexte, pourraient me faire dire exactement l’inverse de ce que je dis. Et non, Ce n’est pas un problème de religion mais de culture. Dans la religion musulmane, il est interdit de représenter le visage de Mahomet. Le monde ouest-européen a maintenant appris ce détail mais la connaissance de la religion musulmane parmi les non-musulmans reste encore très approximative. Posez la question autour de vous et vous verrez. C’est quoi l’islam ? « C’est des barbes et des voiles, qui prient à quatre pattes, qui égorgent des moutons et qui ne mangent pas de jambon ». Et puis ? Et puis rien. Ou s’arrête la religion et où commence la culture ? En France, de culture chrétienne, les non-croyants fêtent Noël. Parce que c’est culturel. Et il y a d’autres détails aussi, comme le fait de ne pas vouloir être treize à table (eh oui, Jésus et les douze apôtres – la cène), certaines expressions comme la paille et la poutre, jeter la pierre (bien expliqué ici : http://www.catho-bruxelles.be/Origines-bibliques-de-nos), qui nous montrent à quel point la religion et ses codes sont admis culturellement, pourvu que l’on soit de culture chrétienne, même si l’on est athée. En France, on se repose le jour du Seigneur, le dimanche. C’est culturel. Pour en revenir à ce qui nous préoccupe, je peux tout à fait accepter l’idée que la communauté musulmane se soit sentie agressée parce que leurs interdits ont été mis en cause. Ceci dit aucun musulman ne m’a jamais insultée parce que je mangeais du porc en sa présence.

Il faut faire une différence fondamentale entre « les musulmans ont été agressés » et les musulmans se sont sentis agressés ». Oui, ils se sont sentis agressés, et au pays de la liberté d’expression, ils ont parfaitement le droit d’exprimer leur mécontentement, voire de porter plainte. C’est un des droits fondamentaux de chaque français. C’est ensuite à la justice française d’estimer si le préjudice mérite une réparation ou des excuses, et cette justice doit être souveraine.

Une liberté d’expression à deux vitesses ? Charlie Hebdo protégé par la police et Dieudonné arrêté ?

Attention. La notion de liberté d’expression et intimement liée à la liberté d’opinion. Quel que soit votre opinion, vous avez le droit de l’exprimer. Par contre, inciter à la haine et à la violence et contraire à la loi. Charlie Hebdo a exprimé une opinion, Dieudonné a excité un public déjà convaincu par ses idées. En résumé, pour reprendre des propos qu’on entend encore trop souvent : « Sale arabe » est une insulte raciste et tombe sous le coup de la loi ; « je n’aime pas les arabes » est une opinion exprimée, raciste et inacceptable d’un point de vue moral, mais non répréhensible légalement ; « Viens, on va casser de l’arabe » est une incitation à la violence qui tombe sous le coup de la loi.

Une petite parenthèse, en passant : bien que le terme « arabe » soit très répandu et soit perçu tour à tour comme un synonyme d’émigré ou de musulman, « arabe » est une ethnie. Pas une nationalité, pas une religion. Il y a des français arabes, des français caucasiens, des français asiatiques et des français noirs. Et peu importe comment on est devenu français. On est français à 100% ou à 0%. Il n’y a pas d’intermédiaire.

Je suis moi-même française. J’ai reçu ma nationalité française à ma naissance, d’un père né français et d’une mère naturalisée. Immigrée donc. Je suis donc, selon l’expression consacrée, française issue de l’immigration. 100% française donc. Fin de la parenthèse.

La théorie du complot…

Non. Non, non, non et non. C’est tellement absurde que ça ne mérite même pas le développement. Ceci dit, si jamais cela avait été vrai, c’est un ratage total, parce que le but aurait été de créer un conflit en France, et même si elle pleure ses victimes, la France s’en porte plutôt mieux ces derniers jours, question cohésion sociale.

J’ai lu le Coran, par curiosité, ce n’est pas du tout une religion de paix et d’amour.

Je n’ai pas lu le Coran, par conséquent je ne peux pas me prononcer sur la question. Mais je vais le lire. Histoire de me faire ma propre opinion. Ceci dit, si l’on s’en réfère uniquement à la Bible, il y a quelques épisodes loin d’être pacifiques. Je pense à Sodome et Gomorrhe, et son Dieu intraitable et vengeur, le même Dieu qui demandât à Abraham de lui sacrifier son fils Isaac, certes il l’a interrompu à temps, il voulait tester son obéissance, mais quelle cruauté !

En conclusion…

Le manque de culture alimente la violence. Quand on n’a pas d’arguments, on cogne. Nous sommes tous égaux, et nous sommes aussi tous différents. Apprendre à connaître les différences culturelles des autres, expliquer les nôtres, accepter l’idée que ce qui nous paraît futile ou absurde est essentiel pour le gars en face, et inversement, communiquer, et surtout intégrer une fois pour toutes que la loi du Pays dans lequel nous vivons est souveraine et que les considérations religieuses n’y ont pas leur place… quand nous y parviendrons, peut-être qu’enfin on arrivera à s’entendre.

 

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