Les chats, les chatons… et moi (ou lettre ouverte à ceux qui croient détenir la vérité)

20140528_110842Nous avons des chats. J’aime bien les chats. Non que je n’aime pas les chiens, mais ils me font peur. Un incident malheureux dans mon enfance, et voilà. Traumatisée. C’est comme ça.

 

J’aime bien les chats, leurs chatons, les félins en général, mais je suis loin d’être une « mémère chats » qui s’extasie devant la moindre photo de chaton postée sur Facebook. Il m’arrive de me fendre d’un « j’aime » pour une image ou une vidéo de matou, mais seulement quand ils se cassent la gueule. Je n’y peux rien, ça me fait marrer.

 

Nous avons trois chats : Numérobis (parce qu’elle ressemble à sa défunte mère), Walter (parce que mon fils est fan de Breaking Bad) et Am. Am avait pour frères Stram et Gram, qui se sont échoués encore chatons dans notre jardin, alors que leur pauvre mère – inconnue de nous – s’était faite écraser juste devant notre maison. Nous leur avons choisi des prénoms « bidons », pensant qu’ils disparaîtraient aussi rapidement que les huit chats que nous avons perdus en sept années passées dans notre village. Gram a fini comme sa mère, Stram a disparu. Ici, c’est triste à dire, les chats sont « denrée périssable » : les chauffards, les accidents de chasse, que le chat soit la cible des tireurs ou lui-même chasseur choisissant la mauvaise proie, les disparitions inexpliquées…

 

Voilà pour le contexte. Et c’est maintenant que je vais choquer les « chats-maniaques », et je pense particulièrement aux âmes charitables qui m’envoient des mails d’alerte à chaque fois que je passe une annonce pour placer les chatons de nos minettes. Ben oui, elles ne sont pas stérilisées et font chacune deux portées par an. Pourquoi ? Parce qu’elles sont libres de leurs mouvements et de leurs rencontres, et parce que les deux seuls moyens d’éviter les chatons sont la pilule, qui m’a tuée une chatte que j’adorais en lui provoquant un cancer, et la stérilisation chirurgicale, qui m’a aussi coûté une chatte : accident d’anesthésie ou allergie à un produit, elle ne s’est jamais réveillée. Alors tant pis, on se débrouille pour placer les chatons, mais j’ai envie de voir mes chattes vivre quelques années encore.

 

Autre chose : nos chats vivent dehors ! Ce sont des animaux, qu’ils le restent. L’option canapé n’est pas inscrite dans leur ADN. Tant qu’ils ont un espace sec et à l’abri du vent, de l’eau et de la nourriture à leur disposition, tout va bien. Même quand il neige. La seule période ou leur présence est tolérée à l’intérieur est quand les chattes font une portée, qu’elles installent généralement dans un placard de la maison. Du coup, ils font leur poil d’hiver (magnifique, soit dit en passant), ce qui surprend toujours les citadins qui ne connaissent que les chats d’appartement : « Ce sont des chats à poils longs ? ». Non, Monsieur, c’est un chat de gouttière normal qui vit dans des conditions naturelles, et auxquelles son organisme s’adapte. La nature, quoi.

 

Tous câlins qu’ils soient, nos chats sont de redoutables prédateurs. Et c’est tant mieux. Quand nous avons emménagé, nous avions le choix de cohabiter avec les souris ou avec les chats. Nous avons choisi les chats. Il leur arrive aussi parfois de ramener des oiseaux, des chauves-souris, ou même d’adorables petits lapereaux aux yeux tendres. Enfin, je suppose qu’ils ont les yeux tendres, nos chats leur mangent toujours la tête en premier…

 

Encore un détail : l’âge idéal pour adopter un chaton. Selon différents sites internet, et surtout selon « ceux qui savent », et qui s’adressent à moi « qui n’y connais rien » dans les rafales de mails que je reçois à chaque annonce passée, il serait de trois mois, comprenant à la fois le sevrage alimentaire et le sevrage affectif. Pas de problème, je suis parfaitement disposée à l’admettre. Mais une fois encore, tout est question de contexte. Nos chatons sont sevrés du lait de leur mère vers cinq semaines, et leurs mères ont la fâcheuse habitude de les emmener autour de six ou sept semaines, dans un endroit extérieur connu d’elles seules. Nous avons ainsi perdu plusieurs chatons. Sont-ils en vie, errants, ont-ils été trouvés et adoptés ? Je n’en sais rien. Aucune idée. Alors, comme nous sommes quand même un peu responsables, et que nous voulons éviter d’alimenter la région en chats sauvages et errants, nous avons pris la décision de les faire adopter avant de les voir disparaître. C’est un peu jeune, certes, mais nous avons souvent eu des nouvelles de nos chatons placés : tout se passe pour le mieux, ils sont propres, joueurs, équilibrés, en bonne santé… Ça valait le coup de prendre le risque, non ?

 

Pour terminer, un dernier point que « ceux qui savent » abordent dans leurs mails : ils me conseillent de demander une contribution financière pour les chatons, les papiers d’identité des adoptants, de les rencontrer plusieurs fois pour prendre une décision éclairée, et de tenter de repérer les affreux personnages qui utilisent les chatons pour nourrir leur boa domestique.

 

Non. Je ne le ferai pas. Ces chatons ne m’ont occasionnés aucuns frais, ni vaccination ni tatouage, qui ne se fait qu’à trois mois. Autant qu’ils soient suivis dès le départ par le vétérinaire attitré de leur nouveau foyer. Leur nourriture ? Le lait de leur mère ne m’a rien coûté, et les deux boîtes de croquettes pour chatons à 1.52 € qui suffisent pour la portée entière… Non, ce serait mesquin. Pour le reste, je prends le risque. Quand le moment est venu de les placer, il y a toujours urgence, à cause de la mère qui veut les emmener – comme je l’ai dit plus haut – et je n’ai pas le temps (ni l’envie, je dois bien l’avouer) de prendre toutes ces précautions. Quand je vois arriver des parents avec leur petit gamin de quatre ans en extase devant son nouveau chaton, j’ai peine à croire que ledit chaton servira de dîner à un serpent. Mais encore une fois, je prends le risque. C’est ce risque, bien faible me semble-t-il, contre la quasi-certitude que cette mignonne boule de poil deviendra bientôt un gros matou errant.

 

Je n’exige pas de nouvelles par la suite, ce sont des animaux, pas des enfants, mais je suis toujours très heureuse d’en recevoir. Et ça arrive souvent. Une photo avec un « regardez comme il est beau, comme il a grandi » où je retrouve les traits de leur mère. Et ça me fait très plaisir.

 

Et je me dis que j’ai bien fait.

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