Mon Prix du Livre Inter

Un jour, j’ai écrit une lettre à quelqu’un que je ne connaissais pas. Un jour, quelqu’un a prononcé mon nom, et je crois que ça m’a changée un peu.

Dimanche 2 juin 2013.  Je suis arrivée un peu en avance, j’ai déposé mes affaires à l’hôtel. J’espérais une baignoire, il n’y a qu’une douche chez nous… Chouette, je vais pouvoir prendre mon bain annuel ! Je vais à pieds jusqu’à la maison de la radio. J’en profite pour humer un peu l’air de Paris, qui pue objectivement, mais qui me rappelle mes jeunes années, et que j’associe malgré tout à quelque chose de très agréable. Juste devant moi, alors que je marche tranquillement sur le trottoir, une dame âgée glisse et tombe. Je l’aide à se relever, lui ramasse son sac, elle me remercie en grimaçant, elle a été secouée, la pauvre. Nous faisons quelques pas ensemble, et elle me raconte sa vie. Comme ça, en trois minutes et cent trente mètres. Elle a travaillé toute sa vie à la banque du sperme. Mon Livre Inter commence donc sur une note surréaliste…

Un peu plus tard, nous sommes réunis dans la salle des délibérations, Eva Bettan, Journaliste à France Inter et responsable du Prix du Livre Inter, nous accueille, nous explique le déroulement… Geneviève Brisac, écrivain elle-même et présidente de notre jury, me semble être douce, posée, timide presque.

Nous faisons un premier tour de table, chacun se présente brièvement, et annonce sa ou ses préférences dans les dix livres que nous avons lus. Pour ma part, « Sombre Dimanche », d’Alice Zeniter, a été mon livre favori jusqu’à ce que je lise, en tout dernier, « Les lisières » d’Olivier Adam. Mon favori présenté sera donc Olivier Adam, mais Alice Zeniter est juste  derrière. J’ai aussi un anti-choix, « Ladivine » de Marie Ndyaye, que je n’ai pas aimé du tout.

Je suis surprise de réaliser à quel point les avis sont divers… Mes choix se sont imposés à moi comme des évidences, tellement évidents même, qu’il m’avait semblé que les délibérations seraient faciles et rapides, avec un gagnant tout désigné.

Il nous faudra finalement cinq tours de scrutin pour arriver à obtenir une majorité. C’est Alice Zeniter qui l’emporte d’une toute petite voix sur Marie Ndiaye. C’est dire si mon cœur a battu !

Dès le premier tour, quand j’ai compris que mon coup de coeur pour Olivier Adam n’avait pas été autant partagé que je l’espérais, j’ai reporté ma voix sur Alice Zeniter. Je l’ai défendu bec et ongles, il était hors de question de laisser la victoire à Marie Ndiaye !

J’ai aussi compris, par ailleurs, que mon ton probablement un peu trop « grande gueule », avait agacé Madame Bettan… Ben je suis comme ça. On ne peut pas plaire à tout le monde ! En tout cas mes efforts ont payé, c’est Alice Zeniter qui a obtenu le prix.

Nous nous retrouvons tous au restaurant, je fais la connaissance de Catherine, qui est celle qui a sélectionné ma lettre et m’a permis de participer à cette aventure. Nous dinons face à face, nous parlons beaucoup, c’est une belle personne.

Alice arrive ! Elle est applaudie, puis happée par la « table des princes ». Je parviendrai toutefois à faire sa connaissance, devant le restaurant, puisque que nous avons synchronisé notre envie de tabac… Alice est brillante, lumineuse, douée, accessible, aimable, jolie… Bon j’arrête. Mais si j’avais été un garçon, je serai peut-être tombé amoureux !

Hervé Pauchon est là aussi… Je connais sa voix pour l’écouter de temps en temps à la radio, je l’imaginais petit et bedonnant. Raté. C’est un grand mince (très grand, même).

Il est tard. Je rentre à pieds à l’hôtel, je prends un bain, je n’arrive pas à dormir. Difficile de faire le calme dans mon esprit encore tout excité de cette journée improbable. Je dormirai – mal – trois heures à peine.

Lundi 3 juin 2013. Huit heures trente. L’émission « Comme on nous parle » va bientôt commencer. Eva Bettan nous place, en fonction du livre que nous avons soutenu. Je me dirige donc naturellement vers le groupe Alice Zeniter, mais elle m’arrête, me renvoie tout derrière : « Non, ce n’était pas votre premier choix ». J’avais quelques doutes, je n’en ai plus. Je l’ai bel et bien agacée. Elle ne souhaite pas me donner la parole pendant l’émission.

L’émission est présentée par Ali Rebeihi, les invités sont donc Eva Bettan, Geneviève Brisac, Alice Zeniter. Quelle n’est pas ma surprise quand ce sympathique présentateur me fait malgré tout passer le micro ! Nous aurons l’occasion de discuter ensemble plus longuement par la suite, Ali est dans ma top-liste des belles rencontres de cette aventure.

Deux heures de quartier libre, après les émissions du matin et avant de se rejoindre tous au restaurant. J’en profite pour appeler mon mari et mes parents, leur donner mes sentiments à chaud, je me promène un peu, je rentre dans une librairie et ressorts avec « Le fils du Vent » de Henning Mankel. Je l’ai commencé, c’est pas mal. Mais je ne suis pas autant happée par l’intrigue que dans certains autres livres que j’ai lu de cet auteur. Ceci dit, je viens vraiment juste de le commencer. On verra bien.

On déjeune, quelques groupes se dessinent déjà, j’ai l’occasion de discuter un peu avec d’autres jurés, on échange nos impressions, nos titres de livres préférés, nos adresses emails… On sent déjà venir la fin, mais je crois que personne n’a envie que ça se termine.

Notre petit groupe de cinq a eu la chance de se voir proposer la visite de la rédaction de France Inter… Magique ! Quelle ruche !

Dernière émission, puis pot d’adieu… Et je retourne à l’hôtel, avec Camille, jurée elle aussi. Nous dinons en tête à tête, parlons de nous, des livres, de nos sentiments par rapport au déroulement de ce Prix, de nos enfants… Pas mal de choses en commun, très belle rencontre là aussi. A suivre !

Mardi 4 juin 2013. Je suis rentrée chez moi, Paris est loin, c’est le silence. Est-ce que j’ai rêvé ? Possible, après tout. C’était tellement dingue.

Et puis non. Un mail, un autre, puis encore un autre, un long coup de fil, encore un mail… On ne va pas se quitter comme ça ! On va rester ensemble, même de loin, on va se suivre, continuer à partager nos lectures, on va écrire ensemble, on va se connaître mieux, c’est l’amour de la lecture qui nous a réunis, mais on a certainement beaucoup d’autres choses à partager !

Alors non, ce n’est pas fini. A bientôt à vous tous et merci. Vingt-quatre fois merci du fond du cœur.

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